
Dans un entrepôt, le Wi-Fi n’est pas un confort : c’est une brique opérationnelle. Scanners en continu, tablettes embarquées sur chariots, caméras, capteurs, parfois des AGV : tout circule, tout échange, tout dépend du réseau.
Le décor n’aide pas : rayonnages métalliques, allées étroites, palettes mobiles, engins en mouvement qui coupent ou dévient les trajets radio.
Le paradoxe est fréquent : le réseau est annoncé comme « rapide », mais sur le terrain il paraît instable. Scans qui tardent à valider, applications WMS qui attendent, micro-coupures difficiles à reproduire, ralentissements surtout visibles aux heures de pointe.
Dans ce contexte multi-terminaux, le bénéfice principal des antennes MIMO n’est pas de battre des records de débit, mais de rendre la connexion plus régulière, avec moins d’erreurs radio et une latence plus prévisible.
Le vrai problème d’un entrepôt n’est pas le débit, mais l’airtime
On parle souvent de « vitesse Wi-Fi » comme si chaque terminal disposait d’une voie dédiée. En réalité, le média radio est partagé. L’airtime correspond au temps de parole sur un canal : un équipement émet, les autres attendent.
Quand le nombre de terminaux augmente, le goulot d’étranglement n’est plus le débit théorique, mais l’accès au média. Si l’airtime est saturé ou mal utilisé, les symptômes apparaissent rapidement : files d’attente invisibles, réponses irrégulières, pertes ponctuelles qui se traduisent par de la lenteur applicative.
Concurrence, collisions et retries : ce qui fait « ramer » un Wi-Fi chargé
Lorsque plusieurs équipements tentent d’émettre simultanément, certaines trames sont mal reçues et doivent être réémises. Ces retries consomment à nouveau de l’airtime, augmentent la latence et créent un effet boule de neige.
En entrepôt, le trafic n’est pas constitué de gros transferts continus, mais de milliers de petits échanges : scans, acquittements, requêtes WMS, télémétrie. Si ces paquets courts commencent à être réémis, la sensation de lenteur devient générale, même si le débit maximal reste élevé sur le papier.
Pourquoi les speed tests sont trompeurs en environnement logistique
Un speed test ressemble à un sprint sur piste vide : un seul terminal, proche du point d’accès, trafic continu. Les chiffres sont flatteurs, mais peu représentatifs.
Dans la réalité d’un entrepôt, le réseau vit par rafales. Plusieurs opérateurs scannent en même temps, un chariot change d’allée, une caméra maintient un flux constant. Ce que l’utilisateur perçoit, ce n’est pas le débit de pointe, mais la régularité, la latence et la capacité du réseau à répondre sans à-coups.
Comment le MIMO agit surtout sur la stabilité
Sans entrer dans la théorie radio, le principe clé du MIMO est simple : plusieurs antennes créent plusieurs chemins possibles pour transporter l’information. Dans un entrepôt, où le signal se réfléchit sur le métal et les structures, ces chemins changent en permanence.
Avec plusieurs antennes, le système est moins dépendant d’un seul trajet « fragile ». Résultat concret : moins d’erreurs radio, donc moins de retries, donc une latence plus stable.
Diversité spatiale : éviter qu’un seul mauvais trajet casse la liaison
Un opérateur sur chariot peut se retrouver, à un point précis, avec le signal direct masqué et un reflet dominant. Ce reflet peut être correct une seconde, mauvais la suivante, selon ce qui bouge autour.
La diversité spatiale permet au point d’accès et au terminal de composer avec plusieurs trajets. Sur le terrain, cela se traduit par une connexion qui « tient », même si le niveau perçu varie. Moins de trames corrompues, moins de micro-déconnexions, moins de zones « capricieuses ».
Moins de retries = plus d’airtime utile
La chaîne est directe :
moins d’erreurs radio → moins de retries → plus d’airtime disponible → meilleure réactivité pour tous.
Ce gain est souvent plus précieux qu’un pic de débit. Un scan validé immédiatement évite les doubles manipulations. Une tablette réactive limite les contournements et les ressaisies. Et surtout, cela réduit les incidents intermittents, ceux qui apparaissent uniquement quand l’entrepôt est sous charge.
Stabilité des débits bas : un critère plus réaliste que la vitesse maximale
En bout d’allée ou derrière une charge, viser un débit maximal n’a pas de sens : la modulation baisse et le lien devient fragile.
Ce qui compte, c’est de maintenir un débit suffisant mais constant.
Une application métier préfère largement 10–20 Mbit/s stables à un débit élevé qui s’effondre par intermittence. Cette stabilité réduit les timeouts, les reconnexions et la sensation que « le système plante ».
Les situations où le MIMO fait vraiment la différence en entrepôt
Le MIMO devient particulièrement visible lorsque plusieurs contraintes se cumulent : densité de terminaux, mobilité et trafic hétérogène.
Rafales de scans et confirmations WMS
En réception ou en préparation, les scans arrivent par vagues. Chaque échange est court, mais critique.
Une liaison plus robuste permet à ces échanges de passer du premier coup plus souvent, sans attente ni doute sur la validation.
Chariots, AGV et mobilité permanente
Un chariot ou un AGV traverse des zones aux caractéristiques radio très différentes. Le canal peut se dégrader en une fraction de seconde.
Le MIMO aide à absorber ces variations, avec moins de micro-coupures et une latence plus prévisible, essentielle pour les ordres et la télémétrie.
Caméras et applications métier simultanées
Les caméras génèrent des flux continus, tandis que les applications métier reposent sur de petits paquets critiques.
Dans certaines conditions, le MU-MIMO permet de mieux partager l’airtime entre plusieurs terminaux actifs, limitant l’effet « un flux monopolise tout » et améliorant la fluidité globale.
Ce que le MIMO ne corrige pas
Le MIMO améliore la robustesse, mais ne compense pas une conception radio déficiente.
Couverture mal pensée
Des zones d’ombre restent des zones d’ombre. Sans une implantation cohérente des cellules dans les allées et aux zones d’activité, le gain restera limité.
Interférences et sur-densification
Ajouter des points d’accès sans plan de canaux clair augmente les collisions et annule rapidement les bénéfices du MIMO. Plus d’équipements ne signifie pas automatiquement plus de stabilité.
Limitations des terminaux
Le gain dépend aussi des clients. Un parc majoritairement en 1x1 ou 2x2 ne tirera pas les mêmes bénéfices qu’un parc plus récent. Dans un environnement mixte, le MIMO améliore souvent la stabilité globale, mais de façon variable selon les zones et les usages.
Conclusion
Dans un entrepôt multi-terminaux, le MIMO se juge moins sur un chiffre de débit que sur une impression terrain : ça répond, ça accroche, ça tient sous charge.
En réduisant les erreurs radio et les retries, il libère de l’airtime et rend la latence plus régulière, ce qui correspond aux besoins réels de la production.
Le MIMO est donc avant tout un outil de stabilité, à condition d’être intégré dans une couverture propre et un plan radio cohérent.